28/08/2009

Arrêter le temps

Liège-Urbain n'est pas un blog photos mais avouez que le partage de ce moment de détentre nocturne (typiquement liégeois) est bien agréable, en cette période de fin de vacances...

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L'occasion également de (re)découvrir une histoire qui nous tient tous à coeur :

La légende de Tchantchès

Le 25 août 760, le quartier populaire du Djus-d'la Moûse, sur la rive droite de la Meuse, était en effervescence. En effet, de ce jour là, naquit miraculeusement, entre deux gros pavés, un bébé. Il était joufflu et robuste, il souriait aux badauds accourus des ruelles environnantes. Soudain, il se mit à chanter : "Allons la mère Gaspard, encore un verre, encore un verre". Une brave femme se précipita chez elle et revint quelques instants après avec un verre d'eau. Le bébé repoussa le verre et se mit à bouder. Le mari de la brave femme lui tendit alors un biscuit trempé dans du peket, aussitôt le bébé l'avala goulûment et en redemanda. On lui donna alors une bouteille pleine de ce précieux breuvage, il en but une grande rasade comme si ce eut été du lait. Le petit voulut se lever, mais retomba, sa tête cognant durement contre le pavé. La foule inquiète se précipita pour le relever, mais lui d'un grand bond se retrouva debout et partit d'un grand éclat de rire. La brave femme et son époux adoptèrent cet enfant et lui donnèrent le nom de Tchantchès, c'est à dire François en Wallon.

Nourri essentiellement avec du genièvre du plus pur grain, l'enfant poussa comme un champignon. Un jour, son père adoptif eut la malencontreuse idée de lui donner un hareng salé, qu'il trouve fort à son goût. Mais le hareng saur est excessivement salé et enflamme son gosier. Son père, à l'insu de sa femme, lui donne des biscuits trempés dans du Peket (Eau de vie à base de baies de genièvre dont le taux d'alcool varie entre 30 et 40%. L'appellation Pecket est typiquement Wallon.) un alcool de genièvre dont raffolent les Liégeois, qu'il aime beaucoup. Depuis ce jour Tchantchès ne put apaiser sa soif qu'avec du pecket. Au fur et à mesure qu'il grandissait, ses parents constatèrent que son nez croissait d'une manière démesurée. De plus, il était coloré, rubicond, avec des reflets pourpres et violets. Très vite son visage servit de modèle pour la fabrication de masques de carnaval. Cette malformation ne venait certes pas du pecket, mais d'un accident survenu le jour de son baptême. La sage femme qui le portait ne rechignait pas non plus à une bonne rasade. Ce jour-là, elle dut en boire plus qu'à l'habitude et laissa choir Tchantchès sur les fonds baptismaux, l'enfant cogna malencontreusement le nez contre la pierre sacrée. Vu la dureté de sa tête, l'enfant ne poussa pas un seul cri, mais la croissance démesurée de son organe avait sa source dans ce traumatisme ignoré. Un autre malheur devait plus tard le frapper. Enfant, il contracta la rougeole, à l'époque, on estimait guérir cette maladie infantile en avalant de l'eau ferrugineuse. Sa mère en fabriqua en faisant macérer, dans un seau remplit d'eau, un fer à cheval. Ce là ne lui portant pas bonheur, détestant l'eau, pour rendre ce supplice le plus court possible, il avala rapidement tout le seau et le fer à cheval se cala dans sa gorge. On ne put jamais l'en retirer. Depuis ce jour, il ne lui fut plus possible de tourner la tête latéralement. Pour regarder le ciel, il devait se coucher sur le dos, et à platventre pour regarder le sol. Affublé de ces deux disgrâces, il fut rapidement l'objet de rires et de sarcasmes. La veille de l'Assomption en 770, il fût élu Prince de Djus d'là Moûse. Il comprit ce jour-là que la laideur, accompagnée de bonté d'âme et d'esprit, sait se faire aimer. Depuis ce jour, il fut l'objet de la sympathie générale.

Un jour, comme il avait l'habitude de le faire, se promenant sur les rives du beau fleuve, il rencontra l'Archevêque Turpin et Roland, le neveu de Charlemagne. Enchantés par l'assurance et la sympathie de ce gamin, il allèrent le présenter à l'empereur. Et celui-ci le désigna comme compagnon de son neveu Roland. A la cour, très vite, il amusa tout le monde par ses pitreries, ses propos vis et son accent si particulier. Lorsque Charlemagne décida de faire la guerre aux Sarrazins en Espagne, Tchantchès fut du voyage. Dans les conseils privés et sur les champs de bataille, il était toujours là pour les aider de ses judicieux avis ou de ses terribles coups de têtes. C'était là, sa seule manière de combattre. Pas de lance, pas d'épée, seuls ses coups de têtes en plein dans le sternum brisaient les côtes de son adversaire et l'envoyaient dans un monde meilleur. Tout homme atteint par lui était un homme mort. Quant à lui, grâce à son nez béni, il était invulnérable. Pendant la bataille de Roncevaux, Roland envoya notre ami dormir, car il bâillait bruyamment, durant le combat. Le bâillement étant communicatif, Roland eut peur que tous ses soldats se mettent aussi à bâiller. Il envoya donc notre valeureux Liégeois dormir. Tchantchès obéit, quelques instants après il ronflait. Il fut réveillé par le son du cor et ne put constater le désastre et la mort de son fidèle maître Roland. Sa tristesse fut immense et selon la coutume de l'époque, il enleva sa casquette et s'arracha une poignée de cheveux. Remis péniblement de ses émotions, il accompagna Charlemagne au siège de Saragosse, mais le cœur n'y était plus, sa peine restait inguérissable. Même le pecket ne lui remontait plus le moral.

Malgré les insistances de l'empereur, il voulut revenir dans sa bonne ville de Liège et resta inconsolable, jusqu'à son dernier souffle, de s'être endormi pendant la bataille de Roncevaux. Il mourut à Liège, à l'âge de 40 ans, après une fameuse ripaille. Il fut enterré à l'endroit où s'élève son monument, place de l'Yser, à l'angle des rues Surlet et Puits en Sock. Toute la population le pleura, car il était et est resté la caricature du vrai Liègeois, bon cœur, mauvaise tête, soupe au lait, grande gueule, esprit frondeur, hareng saur, grand gosier, farouchement indépendant, accueillante et prompt à s'enflammer pour toutes les nobles causes. Tchantchès représente le peuple Liègeois avec ses qualités et ses défauts, son sens de la justice, sa générosité. Il sent la bouquette à la farine de Sarrazin, la pomme au sucre rouge, la bière et surtout le frisse pecket.

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Commentaires

je pensais le connaître ce ptit gars ... Mais je m'aperçois que je n'étais au courant que des généralités... Merci pour le rattrapage culturel. J'avais des lacunes.

Publié par Fred le vendredi 28 août 2009 à 16h23

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